L’horizon 2050
À quoi devons-nous
parvenir ?
Personne ne peut décrire exactement le monde de 2050. Mais les trajectoires étudiées aujourd’hui permettent d’en dessiner les grandes lignes.
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L’objectif
Réduire très fortement les émissions mondiales, tout en permettant à chacun de vivre et de se développer.
Le net zéro correspond à une situation où les émissions humaines restantes sont équilibrées par des retraits de CO₂ de l’atmosphère, notamment grâce aux puits de carbone, afin que nos activités ne continuent plus à augmenter la quantité de gaz à effet de serre présente dans l’atmosphère.
Y parvenir suppose avant tout de réduire très fortement les émissions mondiales. Mais cette transformation doit concerner une humanité de plusieurs milliards de personnes, dont une grande partie aspire légitimement à améliorer ses conditions de vie.
Les niveaux d’émissions aujourd’hui associés aux modes de vie les plus carbonés ne peuvent donc pas simplement devenir la norme pour l’ensemble de la planète. La transition concerne toutes les sociétés, mais les efforts et les trajectoires ne peuvent pas être identiques partout. Les pays et les populations dont l’empreinte est aujourd’hui la plus élevée devront réaliser les réductions les plus importantes, tandis que d’autres devront pouvoir poursuivre leur développement en privilégiant progressivement des solutions compatibles avec de faibles émissions.
L’objectif n’est donc pas que chacun vive exactement de la même manière, mais que l’ensemble de nos sociétés devienne compatible avec un niveau d’émissions mondial beaucoup plus faible.
Que représente cet objectif à l’échelle d’une personne ?
Pour rendre l’ampleur de la transformation plus concrète, on utilise parfois un ordre de grandeur d’environ 2 tonnes de CO₂e par personne et par an à l’horizon 2050. Dans un pays comme la France, où l’empreinte carbone moyenne est aujourd’hui plusieurs fois supérieure, cela représente une baisse très importante.
Ces 2 tonnes ne constituent pas un objectif que chaque personne devrait atteindre exactement. Il s’agit surtout d’un ordre de grandeur permettant de comprendre à quel point les émissions moyennes devront diminuer.
Une grande partie de notre empreinte dépend par ailleurs de la société dans laquelle nous vivons, notamment du logement disponible, des transports, de l’énergie utilisée, des produits proposés et de la manière dont ils sont fabriqués.
L’enjeu est surtout de construire une société dans laquelle il devient normal de se loger, se déplacer, se chauffer, se nourrir, travailler et se divertir avec une empreinte carbone beaucoup plus faible.
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Concrètement, qu’est-ce qui doit changer ?
Des systèmes profondément différents, et certains usages à faire évoluer.
Une grande partie de la réduction des émissions viendra de transformations techniques profondes : produire une énergie beaucoup moins carbonée, électrifier certains usages, améliorer fortement l’efficacité des bâtiments, transformer les transports et décarboner les procédés industriels.
Ces transformations sont indispensables, mais elles ne permettront probablement pas à elles seules de conserver exactement tous nos usages actuels. Dans les sociétés où la consommation d’énergie et de matières est élevée, certains usages devront également évoluer : moins dépendre de la voiture individuelle, limiter certains déplacements très carbonés, utiliser plus longtemps les biens, réduire certaines consommations matérielles ou faire évoluer notre alimentation.
L’objectif n’est donc pas seulement de remplacer chaque technologie actuelle par son équivalent bas-carbone. Il est de combiner progrès technique, transformation des infrastructures et évolution de certains usages pour continuer à répondre à nos besoins avec beaucoup moins d’énergie, de matières et d’émissions.
L’enjeu est donc à la fois technologique et culturel : faire en sorte que des solutions aujourd’hui parfois perçues comme alternatives ou contraignantes deviennent progressivement les choix les plus simples, les plus accessibles et les plus habituels.
Cela ne signifie pas revenir à une société préindustrielle. Il s’agit plutôt de conserver les services qui contribuent fortement au bien-être tout en réduisant fortement l’énergie, les matières et les émissions nécessaires pour les fournir.
Cette transformation concerne tous les grands systèmes qui structurent notre vie quotidienne. Dans chacun d’eux, il faudra combiner nouvelles technologies, infrastructures différentes et évolution de certains usages.
Énergie — Produire et utiliser beaucoup moins d’énergie fossile
Une société bas-carbone devra fonctionner avec beaucoup moins de charbon, de pétrole et de gaz. L’électricité prendra donc une place beaucoup plus importante pour les usages qui peuvent être électrifiés.
Cela implique notamment une production électrique très majoritairement bas-carbone :
- des réseaux renforcés et plus flexibles ;
- l’électrification des véhicules, du chauffage et de certains procédés industriels ;
- une amélioration importante de l’efficacité énergétique.
Mais remplacer les énergies fossiles ne dispense pas de maîtriser la quantité totale d’énergie nécessaire : plus nos besoins sont élevés, plus la transformation du système énergétique devient difficile.
Au quotidien, cela pourrait signifier :
- vivre dans un logement beaucoup plus efficace ;
- utiliser une pompe à chaleur plutôt qu’une chaudière fossile ;
- adapter certains usages aux moments où l’électricité bas-carbone est la plus disponible.
Transports — Se déplacer autrement, pas seulement changer de moteur
La mobilité devra beaucoup moins dépendre du pétrole, mais l’électrification seule ne permettra probablement pas de reproduire à l’identique le système de transport actuel.
Il faudra donc combiner plusieurs évolutions :
- des voitures électriques plus petites, plus légères et moins nombreuses ;
- davantage de train et de transports collectifs ;
- une place plus importante pour la marche et le vélo ;
- davantage de partage des véhicules ;
- un aménagement du territoire permettant de réduire certains déplacements contraints.
L’aviation reste particulièrement difficile à décarboner. Pour atteindre des émissions très faibles, le nombre de déplacements en avion devra probablement diminuer fortement, en particulier dans les pays où ils sont aujourd’hui fréquents.
Au quotidien, cela pourrait signifier :
- utiliser moins souvent une voiture individuelle et privilégier des véhicules plus sobres lorsqu’elle reste nécessaire ;
- pouvoir effectuer davantage de déplacements quotidiens à pied, à vélo ou en transports collectifs ;
- utiliser davantage le train pour les moyennes et longues distances ;
- prendre l’avion beaucoup moins fréquemment qu’aujourd’hui.
Bâtiments — Conserver le confort avec beaucoup moins d’énergie et de matières
Une grande partie des bâtiments qui existeront en 2050 sont déjà construits aujourd’hui. Leur rénovation sera donc essentielle.
Cela implique notamment :
- une isolation beaucoup plus performante ;
- le remplacement progressif des chauffages au gaz et au fioul ;
- des équipements plus efficaces ;
- une meilleure adaptation des bâtiments aux fortes chaleurs.
Mais la construction elle-même consomme beaucoup d’énergie et de matériaux. Rénover et mieux utiliser les bâtiments existants pourra donc être aussi important que construire de nouveaux bâtiments plus performants.
Au quotidien, cela pourrait signifier :
- vivre dans un logement confortable mais beaucoup moins énergivore ;
- chauffer son logement avec une énergie largement décarbonée ;
- conserver une température agréable en été grâce à une meilleure conception du bâtiment ;
- mieux utiliser les surfaces déjà construites plutôt que multiplier systématiquement les constructions nouvelles.
Industrie et biens matériels — Décarboner la production, mais aussi utiliser moins de matières
Certains secteurs comme l’acier, le ciment ou la chimie sont particulièrement difficiles à décarboner. Des transformations techniques profondes seront nécessaires :
- électrification de certains procédés ;
- utilisation d’hydrogène bas-carbone lorsque cela est pertinent ;
- nouveaux procédés de production ;
- captage du CO₂ pour certaines émissions difficiles à éliminer.
Mais même avec ces technologies, produire chaque année les mêmes quantités de matières pourrait rester incompatible avec des émissions très faibles. Il faudra donc aussi réduire la quantité de matières nécessaire pour fournir les mêmes services.
Cela implique notamment :
- davantage de recyclage et de réemploi ;
- des produits conçus pour durer plus longtemps ;
- davantage de réparation et de reconditionnement ;
- une utilisation plus efficace de l’acier, du ciment, des plastiques et des autres matières.
Au quotidien, cela pourrait signifier acheter moins souvent certains équipements, mais les conserver plus longtemps, les réparer davantage et disposer de produits utilisant moins de matières pour rendre le même service.
Alimentation — Produire et manger différemment
L’agriculture génère des émissions qui ne disparaîtront pas simplement avec une énergie décarbonée. L’élevage, les engrais, les sols et certaines pratiques agricoles produisent notamment du méthane et du protoxyde d’azote.
La réduction des émissions passera donc notamment par :
- des pratiques agricoles moins émettrices ;
- une meilleure gestion des engrais et des sols ;
- une réduction importante du gaspillage alimentaire ;
- une évolution de certaines formes d’élevage.
Dans les pays où la consommation de produits animaux est élevée, la place des viandes les plus émettrices, notamment le bœuf, devra probablement diminuer, au profit d’autres sources de protéines.
Au quotidien, cela pourrait signifier :
- manger moins souvent les viandes les plus émettrices ;
- diversifier davantage les sources de protéines ;
- réduire le gaspillage alimentaire ;
- disposer progressivement d’une offre alimentaire moins carbonée sans imposer un régime unique à tous.
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Pourquoi 2050 ?
Un horizon qui donne surtout la mesure du temps disponible.
Le milieu du siècle n’est pas une échéance choisie arbitrairement. Les trajectoires visant à limiter fortement le réchauffement impliquent de réduire très fortement les émissions mondiales dans les prochaines décennies, puis d’atteindre le net zéro CO₂ autour du milieu du siècle.
2050 n’est donc ni une date magique, ni le moment où tout devrait soudainement changer. Certains secteurs devront évoluer plus rapidement, tandis que d’autres resteront plus difficiles à décarboner.
Mais cet horizon donne une indication essentielle : il reste moins de 25 ans pour transformer profondément nos systèmes énergétiques, nos infrastructures et notre production, mais aussi certaines de nos façons de vivre, de consommer, de nous déplacer et de nous organiser.
À l’échelle d’une société, c’est très court. Centrales électriques, réseaux, bâtiments, usines, véhicules et autres équipements sont souvent conçus pour fonctionner pendant des décennies. Il faut donc transformer ou renouveler progressivement ce capital, faire évoluer des entreprises et des filières entières, tout en permettant à de nouvelles pratiques de devenir progressivement ordinaires.
2050 donne donc surtout la mesure du temps dont nous disposons pour accomplir cette transformation.
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Ce que nous savons… et ce qui reste incertain
Une direction claire, sans prétendre connaître exactement le monde de 2050.
Personne ne peut décrire précisément aujourd’hui à quoi ressemblera une société compatible avec le net zéro en 2050. Les technologies vont progresser, certaines solutions aujourd’hui marginales pourront devenir courantes, et d’autres sur lesquelles nous comptons aujourd’hui ne tiendront peut-être pas toutes leurs promesses.
Nous ne savons donc pas exactement quelle part de la transformation viendra des technologies, des infrastructures ou de l’évolution des usages. Des progrès techniques importants pourront rendre certains changements plus faciles ou en réduire l’ampleur. Mais il serait risqué de supposer qu’ils permettront de conserver l’ensemble de nos façons de produire, de consommer ou de nous déplacer exactement comme aujourd’hui.
Les exemples présentés ici ne constituent donc ni une prédiction, ni un modèle de société à imposer. Ils illustrent l’ampleur et la nature des transformations que les connaissances et les solutions disponibles aujourd’hui permettent d’envisager.
Ce qui reste incertain, c’est la forme exacte que prendra cette transformation. Beaucoup moins le fait qu’une transformation profonde soit nécessaire.
Sur quoi reposent ces projections ?
Cette page s’appuie sur des scénarios de référence, qui décrivent plusieurs futurs possibles plutôt qu’un futur unique. Les principales sources utilisées ici sont :
- GIEC — Sixième rapport d’évaluation, Groupe III, résumé pour les décideurs, notamment les réductions d’émissions et les transformations sectorielles.
- GIEC — Chapitre sur la demande, les services et les aspects sociaux de l’atténuation, pour les évolutions des usages et de la demande.
- Agence internationale de l’énergie — Net Zero Roadmap 2023, pour un exemple détaillé de transformation du système énergétique mondial.
- Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques — Accord de Paris, pour l’objectif d’équilibre entre émissions et absorptions dans la seconde moitié du siècle.
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Alors, comment agir ?
Une transformation considérable reste à accomplir.
Atteindre l’horizon 2050 suppose de transformer en profondeur nos systèmes énergétiques, nos infrastructures, nos modes de production et certains de nos usages.
L’ampleur de cette transformation en fait un défi considérable : il ne suffit pas de savoir où nous devons aller, encore faut-il trouver comment y parvenir.
Une démarche capable d’accélérer cette transformation doit notamment répondre à plusieurs questions :
- Comment commencer sans demander immédiatement des changements difficiles à tenir ?
- Comment permettre à chacun de participer selon sa situation et ses possibilités ?
- Comment aller progressivement plus loin ?
- Comment donner à chacun le sentiment que d’autres agissent eux aussi ?
- Comment inscrire cette mobilisation dans la durée ?
- Comment rendre les résultats visibles pour savoir si les efforts produisent réellement quelque chose ?
C’est en essayant de répondre à ces questions qu’est née l’idée de Pulse 2050.